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La photographie est un patrimoine à préserver

La Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP) conserve les archives de l’administration des Monuments historiques et les collections photographiques de l’État, qu’elle constitue en véritable mémoire nationale. Préserver tout en garantissant leur accessibilité : c’est cette double exigence qui place l’établissement au cœur des défis patrimoniaux actuels.

Publié le 23 juin 2026

  • Actualité
Gilles Désiré dit Gosset, directeur de la MPP, présente à des visiteurs un tirage du cloître de l’église Saint-Trophime à Arles réalisé en 1851 par Édouard Baldus, 2024
© Xavier Lambours, 2024


« La photographie constitue une part de notre mémoire nationale », confie Gilles Désiré dit Gosset, conservateur général du patrimoine et directeur de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Ce service à compétence nationale du ministère de la Culture, qui célèbre son trentième anniversaire cette année, conserve, valorise et fait rayonner, partout sur le territoire, les quelque 25 millions de photographies qu’il a collectées. À l’occasion de la 43e édition des Journées européennes du Patrimoine, Gilles Désiré dit Gosset nous explique les enjeux de conservation et de transmission de cet important patrimoine photographique.

« Patrimoine en péril : raviver, résister et réimaginer » et « Patrimoine de la photographie » : la MPP est à la croisée des deux thèmes de l’édition 2026 des JEP. Comment résonnent-ils avec les missions de l’institution ?

Gilles Désiré dit Gosset : Ces deux thèmes résonnent avec nos missions, mais un peu différemment. Service d’archives de l’administration des Monuments historiques, la MPP est toujours sollicitée quand on signale un problème sur un monument (incendie, inondation), ou bien quand un objet protégé est volé. En effet, nous conservons à la fois les dossiers de protection des Monuments historiques, et tous ceux qui ont trait à leur entretien et leur restauration – certains remontent à 1840. La MPP est un centre de ressources fondamental sur l’ensemble du patrimoine français. Nous sommes en effet à la croisée des chemins, puisque c’est à partir de la mémoire des travaux antérieurs réalisé sur les monuments que des solutions sont proposées pour préserver le patrimoine.

En matière de photographie, celle-ci a été collectionnée très tôt par l’administration des Monuments historiques, alors qu’elle venait tout juste d’être créée dans les années 1830. À partir de 1851 et de la fameuse « Mission héliographique », première commande photographique de l’État, les Monuments historiques ont commencé à constituer une collection de photographies sur le patrimoine. Puis se sont inscrites d’autres formes dans cette collection documentaire : la reproduction des œuvres d’art conservées dans les musées ; la photographie de guerre, avec la création, entre 1915 et 1919, du premier service photographique des armées ; ou encore les fonds de portraits, comme le studio Nadar, dont les archives ont été acquises en 1950, puis celles du Studio Harcourt en 1989. L’entrée des fonds d’auteurs dans les collections nationales commence en 1979, avec la donation de son œuvre par Jacques-Henri Lartigue. La MPP a développé une expertise accrue dans le domaine de la collecte des fonds d’auteurs. Depuis dix ans, elle a progressivement élargi sa collecte à tous les modes d’expression du médium : qu’elle soit documentaire ou plasticienne, de l’illustration au photoreportage. Toutes les formes se côtoient désormais à la MPP, dans ce qui est devenu le plus grand centre de conservation d’archives photographiques de France, voire d’Europe.

Façade de la MPP à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) © DR
© Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, DR

Quels sont les défis spécifiques à la conservation de ce patrimoine photographique, qu’il soit ancien ou numérique ?

La photographie est, au premier chef, un patrimoine fragile et souvent menacé de disparition, sauf si la puissance publique accepte de le prendre en charge. Sa conservation est un enjeu fondamental pour la constitution du patrimoine photographique national, et c’est pour cette raison que le ministère de la Culture s’en est emparé en 1975, avec la mise en place d’une vraie politique photographique.

La plupart des photographes sont des particuliers. Quand l’un d’eux arrive vers la fin de sa carrière, il s’interroge légitimement sur la question de transmettre le fonds qu’il a constitué au cours de sa vie professionnelle. Or, cela exige de la place et des compétences que n’ont pas nécessairement ses enfants ou ses héritiers. C’est là que la puissance publique peut – doit ! – se substituer à l’auteur pour assurer la pérennité de l’œuvre. Quand je suis arrivé à la direction de l’établissement, il y a une dizaine d’années, j’ai bien vite constaté qu’il y avait une attente très forte des photographes vis-à-vis du ministère de la Culture, pour leur proposer une solution à ce délicat problème de transmission.

Comment est réalisé cet important travail de collecte ?

C’est une véritable chaîne de traitement qu’il a fallu mettre en place : il faut disposer de locaux et de conditionnements adéquats, d’agents pour traiter, inventorier, numériser et mettre en ligne ces images. On ne peut pas tout conserver, mais on s’efforce de collecter les fonds qui méritent de l’être et qui ne trouvent pas leur place dans d’autres services : par exemple des services d’archives départementales ou municipales, des bibliothèques ou des musées locaux.
Lorsque des photographes ont une envergure nationale, voire internationale, il faut pouvoir trouver une solution. L’objectif est, pour les ayants droit, de leur enlever la charge que représente la conservation du fonds, sans leur retirer la part qui leur revient sur la valorisation financière de l’œuvre, pendant toute la durée légale les droits patrimoniaux, à l’heure actuelle soixante-dix ans après le décès de l’auteur. L’idée est de réaliser ce transfert de charge chez nous, et d’assurer à leur place conservation et valorisation de l’œuvre, en publiant les images sur Internet, en les montrant dans des expositions et en les publiant dans des catalogues et des monographies.
Et comme il s’agit d’archives privées, toute cette politique de valorisation est réalisée de manière concertée avec les auteurs et/ou leurs ayants droit. Une donation, c’est un partenariat conclu entre le ministère et des artistes, des auteurs, pour essayer de les aider à valoriser au mieux leur œuvre, qui est une part du patrimoine photographique français.

En plus de la conservation, il y a aussi un enjeu d’accessibilité ?

C’est un enjeu très important. Conserver pour le plaisir de conserver n’aurait aucun sens. Donner son fonds à la MPP ne signifie pas l’enterrer dans le panthéon de la photographie que serait le fort de Saint-Cyr (Yvelines), qui abrite nos magasins de conservation. Les photographies sont faites pour vivre, pour être montrées, pour être partagées avec le plus grand nombre. La première mise à disposition, aujourd’hui, c’est la mise en ligne, grâce aux bases de données du ministère, accessibles par la Plateforme ouverte du patrimoine (POP). 1,5 million de nos photographies sont ainsi consultables aujourd’hui sur la base Mémoire, qui s’accroît chaque année de plusieurs dizaines de milliers d’images. Au-delà de ces outils, l’autre enjeu est d’accompagner les opérations de valorisation, que ce soient les expositions, dans des musées, des centres d’art, des festivals, mais aussi des publications. La chaîne de traitement implique donc, d’abord, d’assurer la conservation des collections, leur inventaire, voire leur restauration. Ce sont des opérations primordiales et toutes sont nécessaires si l’on veut, en fin de compte, assurer la meilleure accessibilité aux photographies.

Façade des locaux de la MPP au Fort de Saint-Cyr (Yvelines) © DR

Vous travaillez avec une grande diversité d’institutions culturelles, partout en France, et même à l’étranger. Comment se passent ces collaborations pour faire rayonner le patrimoine photographique ?

La particularité de la MPP, c’est qu’elle ne gère elle-même aucun lieu d’exposition, ni à Paris, ni ailleurs. Je pense que c’est une très grande chance pour nous, parce que, si c’était le cas, une part essentielle de notre énergie et de nos moyens serait absorbée par la programmation de ce lieu. Libre de cette entrave, nous pouvons développer tout un réseau de partenariats partout en France, en multipliant les interlocuteurs. Cette particularité répond beaucoup mieux à notre vocation qui est celle, pour un service à compétence nationale, de rayonner sur l’ensemble du territoire, et pas seulement à Paris ou en Île-de-France.

Nous avons la volonté ancrée de diffuser le patrimoine photographique par tous les biais possibles, et c’est d’autant plus facile à réaliser que la photographie se prête particulièrement à des opérations de valorisation tous azimuts. Nous conservons officiellement vingt-cinq millions de photographies, sans doute beaucoup plus. Les possibilités de valorisation sont donc presque infinies, et c’est la multiplicité de nos partenaires qui nous permet de les faire largement connaître. Ainsi, rien que pour 2026, nous avons déjà noué soixante-dix partenariats avec des structures très diverses (associations locales, structures patrimoniales privées, musées de France, établissements culturels à l’étranger) pour leur fournir des images : tirages originaux quand c’est possible, tirages modernes ou fichiers HD.

Comment l’institution s’organise pour accueillir les Journées européennes du Patrimoine ?

Notre établissement sera ouvert sur nos deux sites : à Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne, où nous organisons un certain nombre de visites sur les deux jours de l’événement ; et au fort de Saint-Cyr, dans les Yvelines, qui est à la fois un monument exceptionnel, chef d’œuvre de l’architecture militaire du 19e siècle construit après la guerre de 1870, et un lieu de conservation unique au monde de l’image fixe et animée : outre nos collections photographiques, il abrite environ 500 000 bobines de films des collections du CNC et de la Cinémathèque française. Nous avons toujours grand plaisir à le montrer au public et à partager notre passion pour la photographie. Et puis, comme membres de l’administration des Monuments historiques, nous sommes toujours heureux de participer à cette grande fête annuelle du patrimoine que sont les Journées européennes du patrimoine.

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