Et si le patrimoine n’était pas que châteaux et musées mais aussi le parc où l’on se retrouve ensemble tous les jours ou le quartier où l’on grandit ? Voici l’idée de la première édition de Monumental. Lancé à l’automne 2025, ce défi de médiation numérique invitait des jeunes de 13 à 20 ans à réaliser, hors temps scolaire, des vidéos de deux minutes consacrées au patrimoine.
Le projet, lancé en partenariat avec le ministère de la Culture, avait pour objectif de permettre à des jeunes volontaires, encadrés par des professionnels, de devenir les narrateurs d’un lieu qui compte pour eux. « Pour des jeunes vivant dans des territoires ruraux ou isolés, le patrimoine peut paraître inaccessible parce qu’il est loin, difficile d’accès. Nous avions envie de nous attacher à ce qu’on appelle le patrimoine de proximité, pour qu’ils réalisent que ce qu’ils ont autour d’eux, c’est aussi cela le patrimoine ! », explique Marion Martin Laprade, du bureau des pratiques culturelles, au ministère de la Culture.
De nombreux partenaires jeunesse
Pour réaliser ce défi, le ministère s’est tourné vers l’Archipel des Lucioles, réseau national d’éducation aux images. « Nous avons proposé un format de création vidéo inspiré des réseaux sociaux, avec des vidéos de courte durée », raconte Lucile Nommay, coordinatrice Éducation aux images - Des cinés, la vie ! L’Archipel des Lucioles a lancé un appel à manifestation d’intérêt auprès de son réseau et de nombreux acteurs de l’éducation populaire, des missions locales, des MJC, de la Ligue de l’enseignement. Une vingtaine de structures ont répondu présentes. Toutes ont pu bénéficier de webinaires et ressources pédagogiques, des tutoriels vidéo et des pastilles diffusées sur Instagram pour accompagner les jeunes lors de leurs réalisations. « Il y avait une réelle volonté de proposer une alternative aux écrans, même si l’outil était un téléphone. L’idée était de l’utiliser comme un outil de création, leur permettre d’apprendre des choses, d’acquérir de nouvelles compétences et de valoriser leurs talents », souligne Marion Martin Laprade.
Un autre regard sur le patrimoine
Au total, 21 films ont été réalisés par les groupes participants, partout en France. « On s’attendait peut-être à des châteaux, à de grands sites un peu spectaculaires. En fait, ils ont répondu à la proposition par le patrimoine qui les concerne directement », raconte Lucile Nommay. Trois films réalisés à La Réunion mêlent également patrimoine, histoire et langue régionale, reconnectant le patrimoine matériel au patrimoine immatériel. « Dans les genres, dans les tons qu’ils ont donnés, il y a eu des choses très différentes. Parfois c’était une vraie fiction, d’autres étaient davantage tournés vers l’histoire du lieu qu’ils avaient choisi », observe Carol Desmurs, coordinatrice nationale de Passeurs d’images.
Pour départager les films, les organisateurs ont réuni un jury composé de professionnels de la culture, du patrimoine et du cinéma, aux côtés de deux jeunes ambassadrices du pass Culture. Le ministère de la Culture, le Centre des monuments nationaux, ARTE France, le festival Close-Up et le réseau Passeurs d’images y étaient représentés. Pour cette première édition, l’historienne de l’art et comédienne Hortense Belhôte a été désignée comme marraine. « Pour nous, c’était une évidence. Elle fait le lien entre l’image, le patrimoine, la culture et l’art, avec cette envie de vulgariser et de rendre ces sujets accessibles de manière très ludique et très drôle. Elle avait surtout une vraie envie de transmettre », explique Lucile Nommay.
Le vidéo 36 vues de la Tour du Boujard a reçu le prix « C’est Ouf », récompensant la création la plus originale, ainsi que le Coup de cœur du jury. Inspiré des Trente-six vues du mont Fuji, le film plein d’humour revisite avec malice la Tour du Boujard, une tour médiévale située à Sainte-Euphémie, au sein du Pays d’Art et d’Histoire Trévoux Dombes Saône Vallée. Les lauréats ont pu rencontrer Hortense Belhôte avant une projection publique organisée le 21 juin au cinéma associatif La Passerelle de Trévoux, en présence des habitants. Les autres groupes récompensés ont reçu un Coffret Images, offert avec le soutien du GrandPalaisRmn. Forte de cette première édition, l’aventure se poursuivra dès l’automne prochain. Les organisateurs souhaitent élargir le réseau de partenaires et permettre à davantage de jeunes de s’emparer de leur patrimoine de proximité. Une manière de prolonger l’esprit des Journées européennes du patrimoine en faisant des jeunes non plus seulement des visiteurs, mais aussi des auteurs et des passeurs de leur propre patrimoine.
Monumental en chiffres
111 jeunes ont participé au défi, accompagnés par 15 structures partout en France, en métropole comme en Outre-mer. Au total, 21 films ont été réalisés.
Le jury a récompensé cinq réalisations.
- Prix « C’est Ouf » et Coup de cœur du jury : 36 vues de la Tour du Boujard (Trévoux, Ain).
- Prix « Crève-écran » : Cité en T (Saint-Denis, La Réunion).
- Prix « Des barres » : Projet Daguerre (Thiers, Puy-de-Dôme).
- Prix « C’est carré » : Parc Barbieux de Roubaix (Roubaix, Nord).
- Prix « C’est carré » (ex æquo) : L’Âme du passé (Royan, Charente-Maritime).
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