Interview : L’Oiseau-Mouche à la découverte du patrimoine par le théâtre

Depuis plus de 40 ans, la compagnie de l’Oiseau-Mouche déploie son activité de création et de recherche artistique en plein cœur de Roubaix. Ses spectacles sont autant de rencontres entre les publics du théâtre éponyme, des artistes du monde entier et les comédiens permanents de la troupe, dont une vingtaine se trouve en situation de handicap mental. L’Oiseau-Mouche est une utopie devenue réalité : vivre différemment le patrimoine industriel de la ville. Dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, la compagnie présentera « Chantal de l’autre côté du miroir », une performance artistique et humaine qui permettra aux spectateurs de découvrir les différents espaces du lieu théâtral. Rencontre avec Léonor Baudouin, sa directrice.

 

Pouvez-vous présenter la troupe de l’Oiseau-Mouche et ses activités artistiques ?

 

L’Oiseau-Mouche est une compagnie théâtrale basée à Roubaix, dans les Hauts-de-France, depuis 43 ans. Il comprend une compagnie de comédiens permanents, un théâtre et deux restaurants. Depuis sa création, la compagnie a créé 53 pièces et donné plus de 1 800 représentations en France et à l’étranger. Au total, nous faisons travailler une soixantaine de personnes dont plus de 40 sont porteurs de handicaps mentaux. 20 sont comédiens, les autres travaillent à l’accueil du public et la restauration.

Nos deux missions principales sont la création et la diffusion d’une part, et la recherche artistique d’autre part. 

En ce qui concerne la création, nous présentons la particularité de faire appel uniquement à des artistes invités comme directeurs artistiques, qui choisissent parmi les comédiens de la troupe ceux qui correspondent à leur projet. Ces « directeurs artistiques invités » viennent de champs esthétiques très divers : la chorégraphie, le théâtre, le travail du texte, les arts plastiques, etc.  Sur certains projets atypiques, comme Chantal de l’autre côté du miroir, nous pouvons jouer en dehors de notre salle de spectacle dans des lieux non dédiés au théâtre, des salles municipales, des écoles, des bibliothèques. Cette diversité de formats, de champs artistiques, de réseaux et de territoires nous permet de rencontrer une grande diversité de publics.Côté formation artistique, nous permettons à nos comédiens de développer leur connaissance du paysage culturel et leur parcours de spectateur en parallèle de leur recherche artistique stricto sensu. Nous cherchons l’éclectisme en invitant des artistes émergents et confirmés, de la région ou d’ailleurs. Certains de nos comédiens, qui sont là depuis une trentaine d’années, ont croisé énormément de chorégraphes, metteurs en scène et créateurs différents. La diversité artistique est le maître mot !

 

Quelques mots sur votre démarche d’inclusion ?

 

L’Oiseau-Mouche s’inscrit dans le réseau des scènes labellisées.  Pour nous, il est très important de parler d’abord de notre activité artistique plutôt que de réduire nos comédiens à leurs maladies. Nous participons au Festival d’Avignon et sommes invités dans des scènes nationales ou conventionnées, comme n’importe quelle autre troupe.

Deux personnes sont simplement dédiées à l’accompagnement de nos comédiens pour les aider à bien comprendre les consignes et à apprendre les textes lorsque le besoin s’en fait sentir, c’est tout. Travailler avec des comédiens porteurs de handicap mental n’implique rien de plus : les artistes conviés travaillent normalement, comme avec leur équipe.

 

Léonor Baudouin

 

En quoi le théâtre de l’Oiseau-Mouche est-il un lieu patrimonial ?

 

Roubaix est une ville au fort patrimoine industriel. Le théâtre en lui-même ne fait pas exception, il a été construit pour la troupe il y a 20 ans en réunissant plusieurs bâtiments distincts : deux maisons de marchands, un atelier textile et une ancienne brasserie. Les travaux ont permis de regrouper ces lieux chargés d’histoire en un même ensemble de création artistique. Certains éléments industriels, comme les briques apparentes, les poutrelles métalliques, ont été conservés. Le théâtre actuel témoigne donc de cette histoire, comme le reste de la ville, qui mélange architecture industrielle, art-déco et art-nouveau.

Aujourd’hui le théâtre de l’Oiseau-Mouche est très bien équipé. Nous y possédons deux salles de représentation, deux studios de répétition, deux logements pour les artistes invités et un restaurant sur place. Il s’agit d’abord d’un lieu de travail pour les comédiens, que nous mettons en partage avec les compagnies de la région et les opérateurs culturels du territoire. L’idée est de le rendre vivant, en coopération avec d’autres structures locales ou européennes. Toutes les activités qui s’y déroulent comprennent un temps d’échange avec nos comédiens, afin de favoriser les rencontres avec d’autres formations artistiques sous de nombreuses formes.

 

Pouvez-vous parler de Chantal de l’autre côté du miroir, votre spectacle déambulatoire des Journées européennes du patrimoine ?

 

Cette pièce, présentée à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, est créée par Nadège Cathelineau et Julien Frégé. Les deux artistes ont choisi de travailler avec Chantal Esso, comédienne à l’Oiseau-Mouche, pour créer un voyage intérieur à partir de son imaginaire. Le résultat est un cheminement onirique à la Alice au pays des merveilles qui mêle déambulation, théâtre, arts plastiques et création musicale. Le projet est pensé comme une plongée dans l’inconscient de Chantal, ses pulsions de mort et de vie, son rapport au désir, à la créativité, au pouvoir. Sept interprètes y incarnent les projections de Chantal, dans une sorte de rituel intérieur, une recherche d’identité. 

Le spectateur est invité à circuler dans plusieurs lieux, mais il ne s’agit pas d’une représentation déambulatoire au sens propre. Les comédiens emmènent le public d’une « scène » à l’autre, à travers des espaces auxquels le public n’a pas forcément accès d’habitude et dans les rues de la ville qui accueille le spectacle. 

La première représentation aura lieu le 18 septembre à 19h, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, au théâtre de l’Oiseau-Mouche et à ses abords immédiats. Nous tournerons ensuite dans d’autres villes. Les informations de réservation se trouvent sur notre site. Les conditions actuelles nous contraignent à des jauges strictes, mais le spectacle sera superbe !