Découvrir le Patrimoine différemment avec les « visites sensorielles » de l’Abbaye de Beauport

Faire découvrir les lieux sous un angle nouveau, en mobilisant tous nos sens, c’est le pari réussi des « visites sensorielles » de l’Abbaye de Beauport (Bretagne). Rencontre avec Mme Françoise Le Moine, directrice de l’Abbaye.
Abbaye de Beauport

 

Pouvez-vous présenter l’Abbaye de Beauport et les activités que vous proposez pour la valoriser ?

 

L’Abbaye de Beauport est un site incontournable des Côtes d’Armor, située sur la commune de Paimpol à 40 minutes à peine de Saint-Brieuc, Lannion et Guingamp.

Construite au XIIIe siècle, elle connut après la Révolution un destin différent de nombreuses autres abbayes à travers la France : elle fut habitée par une famille. Les propriétaires d’alors, lui attribuant le charme d’une ruine romantique, en aménagèrent les jardins dans cet esprit et l’Abbaye fut classée Monument Historique dès 1862.

Son destin atypique se poursuivit en 1992, lorsque le Conservatoire du Littoral racheta le domaine afin d’en mieux protéger l’histoire, la beauté, le paysage. Ce rachat permis de renforcer la forte intrication du patrimoine bâti avec son environnement, en bord de mer. 20 ans de travaux ont permis de sauvegarder l’histoire et l’architecture du monument, de ses paysages et de son environnement.

Beauport est aujourd’hui une « ruine jardinée » où l’on ne cherche pas à reconstituer un jardin médiéval ou médicinal, mais à évoquer le dialogue entre l’Homme et la nature. Le lieu reste bien ancré dans son époque et notre société : les jardins y sont laissés plus sauvages, en lien avec les préoccupations environnementales actuelles.

 

Vous proposez une programmation très riche, quels en sont les grands axes et les temps forts ?

 

Nous poursuivons deux grands axes dans le partage de la sensibilité des lieux : la création artistique, notamment le spectacle vivant, et le fait de penser les rapports Homme / Nature dans l’histoire et au travers des enjeux contemporains. Nous organisons des événements très variés, des expositions, des conférences, visites et collaborations diverses… ainsi qu’un soutien à la création.

Une place particulière est accordée aux rencontres entre le public et les scientifiques. Notre programme « Science Friction » permet de confronter les travaux de chercheurs dans différentes disciplines, telles que la biologie, l’écologie, la sociologie, l’archéologie, l’histoire et les arts plastiques. Science Friction alterne ainsi les temps de diffusion auprès des publics, de travail entre scientifiques et de dialogue avec divers acteurs culturels. C’est une forme de résidence scientifique et artistique, pour laquelle nous éditons même un mook (une revue entre magazine et livre).

Bref, nous développons une diversité d’approches très protéiforme tout au long de l’année.

 

Comment conjuguer votre mission patrimoniale et l’impératif d’accessibilité ?

 

Nous avons réalisé nos derniers aménagements de 2018 et ouvert un nouvel espace muséographique selon la philosophie de l’accessibilité universelle. Pour découvrir les décors disparus de l’Abbaye de Beauport, un seul dispositif scénographique permet de rendre la visite possible à toutes et tous, sans créer de différences entre les « valides » et les « handicapés ». Tous les visiteurs ont accès aux mêmes outils.

Il faut ajouter que nos médiateurs sont très bien formés pour utiliser les outils de découverte inclusifs et permettre à chacun de profiter de sa visite. 

Je parle d’outils, mais ceux-ci ne sont pas forcément numériques. A ce titre, nous essayons plutôt de lever la tête de nos écrans pour éviter qu’ils ne remplacent ce que l’on a sous les yeux.

 

Françoise Le Moine - Abbaye de Beauport

 

 

En quoi consistent les « visites sensorielles » que vous proposez à l’occasion des Journées européennes du patrimoine ?

 

Les « visites sensorielles » invitent les personnes à découvrir les ruines et les jardins de Beauport autrement. Ce sont des temps de visite un peu moins prolifiques en informations qui mobilisent les cinq sens pour transmettre autre chose qu’un savoir brut, au profit d’une expérience plus immersive.

Ces visites rappellent qu’en ces lieux, la place du sensible est extrêmement présente, et va au-delà de l’histoire ou de l’architecture. Les personnes qui découvrent le domaine en retiennent souvent l’atmosphère, les arbres, l’harmonie des lieux, autant que le bâti. Il est important de présenter les dates et les repères historiques, mais il ne faut pas y limiter la visite. C’est également un endroit à visiter avec les sens et les émotions.

Ces visites s’inscrivent dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, et sont ouvertes à toutes et tous ! 

 

Prévoyez-vous d’autres événements à l’occasion des Journées européennes du patrimoine ?

 

Oui, nos Journées européennes du patrimoine s’articulent autour de trois temps forts. Premièrement, les « visites flash » pour tout savoir sur l’Abbaye en 10 minutes avant de laisser les gens visiter à leur rythme. Ensuite, les « visites sensorielles » dont nous avons parlé. Et enfin l’exposition temporaire « Vivre avec les arbres » qui traite de la relation entre l’Homme et la Nature, et présente l’état des connaissances sur les arbres et ce qu’ils peuvent nous apporter en termes de bien-être, d’inspiration, etc. Le tout agrémenté de jeux, d’histoires à écouter, d’interventions philosophiques et des illustrations de Jean-Luc Boumard.

Avec le contexte sanitaire actuel, nous ne savons pas combien de visiteurs nous pourrons recevoir pour ces Journées européennes du patrimoine, mais nous avons espoir de rencontrer un large public cette année encore.