Interview des graphistes : Manon Van Dorsselaere et Pascal Kouyoumdjian

« Une lettre illustrée est compréhensible par tout le monde »

Tous deux graphistes, Manon Van Dorsselaere et Pascal Kouyoumdjian ont conçu l’affiche des Journées européennes du patrimoine, « Patrimoine pour tous ». S’inscrivant dans un cadre onirique et sans frontières, leur abécédaire parle au plus grand nombre.

 

Comment avez-vous pensé cette affiche ?

Manon Van Dorsselaere : Il fallait faire une affiche pour tout le monde et notamment les enfants. L’idée d’un abécédaire, avec son univers enfantin, nous est venue tout de suite. L’alphabet renvoyait, comme le patrimoine, à l’idée de transmission et d’héritage. Car la première chose que l’on transmet aux enfants, c’est le langage, puis les lettres et l’écriture. L’idée nous semblait intéressante à creuser et paraissait assez ludique. Deuxième chose : nous sommes graphistes et non illustrateurs ; cela signifie que, pour nous, la typographie est essentielle. C’était donc une façon de faire du graphisme, sans être trop illustratif, il fallait que cela reste un ensemble d’informations visuelles.

Ces Journées « européennes » avec comme thématique « un patrimoine pour tous » portent en elles une dimension d’ouverture. Comment avez-vous traduit cette idée dans votre travail ?

M.V.D : À travers l’alphabet. Car la majorité des pays d’Europe a le même alphabet. Et une lettre illustrée est compréhensible en Europe par tout le monde, de 6 à 100 ans. On peut y mettre le mot que l’on veut. En outre, les enfants n’ont même pas besoin de reconnaître la lettre, puisque le dessin derrière la lettre ouvre à l’imagination. Il ne faut pas forcément savoir lire pour savoir ce qu’évoque la lettre.

Votre affiche convoque un univers onirique, le patrimoine doit-il faire rêver ?

M.V.D : Il s’agissait de ne pas faire peur. De ne pas être trop sophistiqué pour rester accessible à un enfant. Ça lui est abordable quand ça lui ressemble. Enfant, j’avais la chance d’avoir des parents qui m’emmenaient dans des musées. J’adorais Miro et Kandinsky car, d’une certaine façon, c’était accessible à mes yeux d’enfants et j’avais l’impression que je pouvais faire ces tableaux moi-même. C’est l’idée que nous avons voulu transmettre dans la façon d’aborder le dessin de ces lettres et des petites icônes qui les accompagnent.

Pascal Kouyoumdjian : En terme graphique, nous avons volontairement fait le choix de nous rapprocher du dessin d’enfants pour accéder aux 6 / 8 ans. Nous ne voulions pas d’un graphisme « design », rester enfantin semblait plus abordable. 

Comment s’est opéré votre choix de couleurs ?

M.V.D : Nous voulions quelque chose d’un peu ludique et doux. Nous avons cherché dans la charte graphique. Ces couleurs étaient assez contrastées. Le vert ressortait bien. En plus, ce sont des couleurs assez universelles, ni masculines, ni féminines. Ce ne sont pas des couleurs classiques.

P.K : La dimension inclusive nous a conduits à faire bleu et rose en les mélangeant. Il ne s’agissait pas d’évoquer des garçons ou des filles, mais de rester inclusif. D’où l’idée d’être dans les contrastes bleus, rosés, verts, dans des couleurs primaires. 

M.V.D : Qui que l’on soit, peu importe notre couleur de peau ou notre langue, le patrimoine nous parle de la même façon.

Selon vous, quelle est la place du patrimoine dans notre culture européenne ?

M.V.D : Le patrimoine veut tout dire : l’Histoire, la culture, le langage. C’est une transmission, qui est aussi personnelle, car on « transmet un héritage » à ses enfants, tout comme la culture se transmet. La culture, c’est ce qui nous construit et nous distingue d’une autre personne. Quant au patrimoine, général, universel, il fait évoluer l’humain. 

P.K : Nous sommes tous les deux de culture assez proche. Marion a des origines grecques, hollandaises et italiennes. Moi je suis plutôt d’origine arménienne et italienne. Nous avons toutes ces origines européennes. Et la France aussi, qui a beaucoup accueilli et participé à un ensemble de cultures, dans l’architecture et toutes autres formes de culture.