Un patrimoine culturel immatériel sauvegardé depuis 20 ans

La quarantième édition des Journées européennes du patrimoine (JEP), qui se déroule le week-end du 16 et 17 septembre 2023, met notamment à l’honneur le patrimoine du sport et le patrimoine vivant. Ce dernier s’est démocratisé depuis vingt ans avec la signature, en 2003, de la première convention de l’UNESCO visant à sa sauvegarde.

Alpinisme, baguette de pain, fest-noz – une fête traditionnelle bretonne… Autant de symboles de la culture française inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’UNESCO. Visant à sauvegarder les traditions et expressions vivantes, ce texte fondateur fête ses 20 ans cette année.

 

Le Japon, premier pays défenseur de son patrimoine immatériel

Inscrits en 2016 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, Yama, Hoko, Yatai, festivals de chars au Japon sont organisés chaque année dans plusieurs régions du pays. Les participants demandent aux dieux la paix et la protection contre les catastrophes naturelles.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que le Japon, de peur de perdre ses traditions et ses connaissances ancestrales, devient le premier pays à vouloir protéger son patrimoine vivant. L’État désigne alors des « trésors humains vivants ». « Ce sont des personnes qui détiennent des savoir-faire à un haut niveau pour recréer des éléments du patrimoine vivant et qui s’engagent à les transmettre aux générations futures », explique Lily Martinet, chargée de mission pour le patrimoine culturel immatériel au ministère de la Culture. En 1993, l’UNESCO s’inspire du système des trésors humains vivants, sous l’impulsion de la République de Corée, avant d’adopter en 2003 la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI). Depuis, 181 pays l’ont rejointe. 

 

L’UNESCO, précieux soutien en cas d’urgence

Le rôle de l’UNESCO consiste à encourager les États dans la mise en place de mesures permettant aux communautés de préserver ce patrimoine, mais aussi à les aider quand ce dernier est en péril. Parmi ses leviers d’action : un fonds d’urgence. Il a notamment été utilisé en 2018 après une série de tremblements de terre frappant les habitants de l’île indonésienne de Lombok. Une aide précieuse pour les tisserands traditionnels dont les moyens de subsistance menaçaient de disparaître après la catastrophe. 

 

Un patrimoine en mouvement perpétuel

L’art du pizzaiolo napolitain est inscrit depuis 2017 à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Traditions orales, arts du spectacles, rituels, artisanat… Ces pratiques font partie de ce qu’on appelle le patrimoine vivant. Contrairement aux châteaux ou aux monuments religieux, l’immatériel est, par définition, impalpable. Par conséquent, seules les personnes détentrices de ce savoir peuvent le perpétuer. « Ce patrimoine est caractérisé par le fait qu’il est maintenu en vie par une communauté, il est transmis de génération en génération, il évolue dans le temps, et enfin, il procure à ce groupe social un sentiment d’identité et de continuité », détaille Lily Martinet. 

 

Les communautés au cœur du dispositif 

Inclusif, le processus d’inscription est avant tout basé sur la concertation de la société civile. « Les communautés doivent reconnaître leur patrimoine et s’investir dans leur sauvegarde. Elles sont donc au cœur du dispositif », explique Chiara Bortolotto, anthropologue  spécialiste de la Convention pour la sauvegarde du PCI. Avant de figurer sur la liste de l’UNESCO, le patrimoine en question doit d’abord l’être au niveau national. En France, c’est le ministère de la Culture qui s’en charge. 

 

Des territoires redynamisés

Inscrit depuis 2015 sur la Liste représentative du PCI de l’humanité, le festival populaire surova dans la région de Pernik, en Bulgarie, célèbre le Nouvel An, selon l’ancien calendrier.

La signature de cette convention aura permis, vingt ans après, de montrer la diversité culturelle de groupes d’individus à travers le monde. « Il y a aujourd’hui une vraie prise de conscience de l’importance du patrimoine immatériel, explique Lily Martinet. A tel point que le ministère de la Culture doit se démener pour faire face au nombre croissant de demande d’inscription. » Mais une fois le précieux sésame décroché, - en moyenne 10 ans après la demande d’inscription -, l’impact est immense. « Le fait de voir leur patrimoine reconnu au niveau international représente beaucoup pour les communautés. Ça leur apporte un sentiment de fierté », poursuit-elle. Une distinction qui favorise aussi le développement du territoire. En 2009, la tapisserie d’Aubusson, dans la Creuse, rejoint la liste du PCI de l’UNESCO. « Cette inscription a redynamisé le territoire, souligne Lily Martinet. Elle a favorisé le maintien d’ateliers et permis la réouverture de formations de lissiers ». En France, on compte plus de 520 pratiques incluses à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, dont 23 sur les Listes de l’UNESCO.