Préserver le patrimoine culturel immatériel, une vocation européenne

Le patrimoine n’est pas que murs bâtis, œuvres d’art, ouvrages historiques ou objets anciens. Le patrimoine rassemble aussi des savoir-faire, des traditions, des pratiques culturelles, des connaissances qui passent d’une génération à une autre et perdurent au sein d’une culture, d’un territoire. Ces différentes dimensions culturelles sont rattachées au patrimoine culturel immatériel (PCI).

De la parfumerie à la tapisserie, en passant par les arts du spectacle et le carnaval ou encore l’artisanat traditionnel, le PCI rassemble et préserve tout un pan de connaissances et de traditions au service du maintien d’une multi culturalité et d’une valorisation des différents savoir-faire. Le PCI est à la fois vecteur de partage et de transmission, mais aussi garant d’identités conservées et il favorise en ce sens le respect de la diversité, pour une plus grande inclusion. Le PCI est aussi propice aux mélanges, puisqu’il n’est pas rare de voir réunis plusieurs pays autour d’un même savoir : une richesse supplémentaire pour la coopération et les échanges entre les territoires européens. 

 

Pour continuer de faire vivre et de faire rayonner ce patrimoine, les États-membres de l’UNESCO ont ratifié en 2003 la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. En France, le ministère de la Culture est chargé de la bonne application de cette convention et tient l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, qui ne regroupe pas moins de 500 pratiques culturelles

 

Le « Patrimoine pour tous », thème de cette 38e édition des Journées Européennes du Patrimoine, est une belle occasion de souligner l’importance du patrimoine culturel immatériel et de sa sauvegarde par et pour les différentes identités européennes. 

 

Lumière sur deux pratiques artisanales traditionnelles, transfrontalières, véritables composantes d’un savoir-faire européen. 

 

Transmettre les savoir-faire rares de la mécanique horlogère et de la mécanique d’art

 

Dans la région de l’Arc jurassien, à cheval entre la Bourgogne-Franche-Comté et la Suisse, se trouvent des artisans qui manient d’une main experte les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art. Grâce à ces savoir-faire, les objets d’horlogerie tels que les montres, les pendules ou les chronomètres, ainsi que les automates d’art, les œuvres d’art animées ou encore les boîtes à musique continuent d’être créés dans les règles de l’art.

 

Un travail d’orfèvre qui conjugue minutie et passion, un travail d’assemblage qui permet de faire vivre des mécaniques parfois insoupçonnées, et ce, depuis plusieurs siècles déjà. Le savoir-faire horloger est apparu dans l’Arc jurassien au XVIIe siècle, et la mécanique d’art au XIXe. Depuis, de nombreux artisans hautement qualifiés font perdurer ces techniques dans la région, 17 établissements de formation transmettent ces savoir-faire aux générations futures, et 23 musées valorisent la mécanique horlogère et la mécanique d’art

 

Ce patrimoine culturel immatériel, aussi technique qu’artistique, est inscrit à l’UNESCO depuis 2020. Une reconnaissance attendue pour l’Arc jurassien, qui souhaite faire perdurer cette spécificité culturelle avec comme objectifs de renforcer la formation dans ces domaines, d’assurer un travail de documentation et de sensibilisation, et de poursuivre la transmission de ces précieux savoir-faire qui rayonnent par-delà les frontières franco-suisses. 

 

 

Musée du Temps de Besançon

 

Valoriser des techniques artisanales anciennes pour la restauration de grands monuments

 

La France, l’Allemagne, l’Autriche, la Norvège et la Suisse partagent la même ambition de faire rayonner et de préserver les techniques artisanales et les pratiques coutumières des ateliers de cathédrales. Ce savoir-faire, apparu au Moyen Âge sur les chantiers de construction des cathédrales européennes, rassemble des spécialistes de la construction et de la conservation de bâtiments anciens, sous la forme d’ateliers, véritables condensés de technique et de savoir. 

 

Ces ateliers ont vocation à faire se réunir les grands corps de métier indispensables à la conservation et à la restauration des cathédrales et des grands monuments, tels que les charpentiers, les forgerons, les restaurateurs de pierres ou encore les verriers artistiques. L’existence de ces ateliers assure la transmission et la pérennité de savoir-faire ancestraux au service de l’architecture. C’est aussi une manière de partager la connaissance entre pays européens, un atout de taille qui profite au patrimoine. 

 

18 ateliers de cathédrales de France, d’Allemagne, d’Autriche, de Norvège et de Suisse se sont unis d’une même voix pour que leur savoir-faire soit reconnu au titre de patrimoine culturel immatériel, et ainsi continuer d’inscrire cet héritage dans le temps, et contrer une pénurie émergeante de compétences dans ce domaine. 

 

Les techniques artisanales et les pratiques coutumières des ateliers de cathédrales sont inscrites au registre de l’UNESCO depuis 2020, avec comme horizon de pérenniser savoir-faire traditionnels et coutumes anciennes.