Les grandes figures de l’inclusion : L’abbé de l’Epée, la voix des sourds et malentendants

« Faire entrer par les yeux dans l'esprit des sourds-muets ce qui est entré dans le nôtre par les oreilles. » Ainsi prête-t-on ces mots à l’abbé de l’Epée, né Charles-Michel Lespée à Versailles le 24 novembre 1712, fils d’un architecte expert des Bâtiments du roi Louis XIV.
Abbé de l’épée
Abbé de l’épée

Après des études de théologie et de droit, Charles-Michel devient avocat avant d’être ordonné prêtre à Troyes, rejoignant dans son diocèse Monseigneur Bossuet, neveu du célèbre écrivain. A sa mort, l’abbé de l’Epée revient à Paris où il consacre une partie de son temps et ses deniers aux œuvres de charité, période à laquelle il rencontre deux jeunes sœurs jumelles sourdes et muettes dont il devient le précepteur. 

Intrigué par leur langage sous forme de signes, l’abbé les étudie et élabore un alphabet à deux mains, une langue des signes « méthodique » consistant à lier les signes avec le français écrit (cette assimilation de la structure syntaxique du français à celle de la gestuelle des sourds fut a posteriori remise en question). Sa maison se transforme en école, ouverte aux élèves sourds, pierre fondatrice des instituts qui lui survivront. 

Infirme et appauvri, l’abbé de l’Epée meurt à l’âge de 77 ans. Son corps gît à l’église Saint-Roch à Paris. Si l’abbé n’a pas inventé ce langage mais l’a reçu des sourds et muets, il fut toutefois le premier homme à regrouper des élèves sourds dans une institution, et à poser les bases de la langue des signes française (LSF). Deux ans après sa mort, en 1791, son nom fut inscrit par l’Assemblée nationale au titre de bienfaiteur de l’humanité. 

 

L’institut qu’il avait créé existe toujours mais il s’est transformé. Il propose désormais plusieurs modes de scolarisation, au sein de l’INJS lui-même ou en inclusion dans les établissements partenaires. Les enseignements aujourd’hui ne sont plus délivrés uniquement en LSF, ils s’inscrivent dans différentes politiques d’accessibilité mises en place au fur et à mesure des années par l’établissement. On peut désormais y apprendre le français et/ou la LSF. Il s'agit d’un des quatre Instituts nationaux pour jeunes sourds, situé rue Saint-Jacques à Paris, les autres étant à Metz, Chambéry et Bordeaux (Institut national des jeunes sourds de Bordeaux-Gradignan).